Le soleil descend, la journée a été belle, et l’idée arrive toute seule. Du bois flotté, une allumette, une soirée autour des flammes.
La plupart des articles vous répondront « 38 euros » et passeront à autre chose. Le chiffre existe, mais il ne correspond qu’au scénario le plus favorable.
Selon l’endroit exact où vous allumez ce feu et selon ce qui se passe ensuite, la note peut grimper à 135 euros, à 750 euros, voire déboucher sur une procédure pénale.
Voici ce que dit réellement le droit, et comment vérifier en cinq minutes ce que vous risquez sur votre plage.
Feu sur la plage : quelle amende exactement ?
Il n’existe pas une amende, mais une échelle de sanctions. Tout dépend du texte sur lequel s’appuie l’agent qui vous verbalise.
| Situation | Qualification | Montant encouru |
|---|---|---|
| Non-respect d’un arrêté municipal | Contravention de 1re classe | 38 € |
| Feu à moins de 200 m d’un bois, ou violation d’un arrêté préfectoral | Contravention de 4e classe | 135 € forfaitaires, jusqu’à 750 € |
| Le feu se propage | Délit | Jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € |
| Propagation avec violation délibérée d’une règle de sécurité | Délit aggravé | Jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 € |
38 euros, le montant que tout le monde cite
Ce chiffre n’est pas faux. Il correspond à une contravention de 1re classe, sanction prévue lorsqu’on ne respecte pas un arrêté de police pris par un maire. Si la commune a interdit les feux et que vous en allumez un, vous y tombez.
Trente-huit euros, donc. C’est le plancher. Le problème, c’est que la quasi-totalité des articles s’arrêtent là, alors que ce montant ne s’applique que si l’agent retient cette qualification. Il en existe d’autres, nettement moins clémentes.
De 135 à 750 euros : le Code forestier, grand oublié du sujet
Voici l’information que l’on ne trouve presque nulle part. L’article L131-1 du Code forestier interdit à toute personne, sauf au propriétaire du terrain, de porter ou d’allumer du feu jusqu’à deux cents mètres des bois et forêts. Notez le verbe « porter » : transporter des braises est déjà visé.
Regardez maintenant une carte du littoral. Les pinèdes des Landes descendent jusqu’au sable, les dunes de Gironde sont boisées, le maquis varois et corse frôle les criques. Dans tous ces cas, votre feu tombe dans le périmètre des deux cents mètres, même si vous avez les pieds dans l’eau.
Dès lors, la qualification change. On bascule en contravention de 4e classe : 135 euros forfaitaires, jusqu’à 750 euros devant le tribunal de police. Presque quatre fois le chiffre annoncé partout ailleurs, et aucun panneau ne signale cette limite invisible.
Jusqu’à 45 000 euros et de la prison si le feu se propage
Là, on quitte le terrain de la contravention. Si votre feu s’échappe et embrase la végétation, il s’agit d’un délit : deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros. Les peines montent à trois ans et 45 000 euros en cas de violation manifestement délibérée d’une règle de sécurité, ce qui est précisément le cas si un panneau d’interdiction était affiché.
De surcroît, la loi du 10 juillet 2023 a inscrit le mégot parmi les causes d’incendie pénalement sanctionnées. La sanction pénale n’est d’ailleurs que la partie visible : les dégâts causés peuvent vous être réclamés au civil, tout comme les frais d’intervention des secours.
Les amendes qui s’ajoutent souvent
Un feu de plage arrive rarement seul. Planter une tente sur le rivage relève du camping sauvage, jusqu’à 1 500 euros, alors que dormir dans un simple duvet posé sur le sable n’est pas visé. Depuis l’été 2025, fumer sur une plage publique est par ailleurs interdit : 135 euros, cigarette comprise.
Le feu est-il interdit sur toutes les plages de France ?

La réponse est plus subtile qu’un simple oui ou non. Trois niveaux de règles se superposent, et il suffit qu’un seul dise non pour que votre feu devienne illégal.
Non, aucune interdiction nationale ne vise les feux de plage
Tordons le cou à une idée reçue. Aucune loi française n’interdit, de manière générale, d’allumer un feu sur une plage. Les plages relèvent du domaine public maritime : libres d’accès, gratuites, et personne n’en est propriétaire.
Cela dit, liberté d’accès ne signifie pas absence de règles. En pratique, l’interdiction est presque partout. Simplement, elle ne vient pas de là où on l’imagine.
C’est le maire qui décide, par arrêté municipal
Le pouvoir de police du maire, prévu par l’article L2212-2 du Code général des collectivités territoriales, lui permet de réglementer sa plage. Dans les faits, l’immense majorité des communes littorales ont pris un arrêté interdisant les feux, les barbecues, ou les deux.
Ce pouvoir n’est toutefois pas illimité, et le juge le rappelle régulièrement : les arrêtés visant le port du burkini ont été annulés, une jurisprudence qui montre bien qu’un maire ne peut restreindre une liberté sans justification proportionnée. En matière de feu, en revanche, le risque incendie constitue un motif difficilement contestable. Autant dire que l’arrêté tiendra.
Retenez néanmoins un point qui pourra vous servir : un arrêté n’est opposable que s’il a été rendu public. Affichage en mairie, panneau à l’entrée de la plage. Nous y reviendrons.
Le préfet, lui, peut tout verrouiller d’un coup
Chaque département encadre l’usage du feu par un arrêté préfectoral, révisé chaque année. Celui-ci fixe les périodes à risque et peut interdire tout foyer, réchaud à gaz compris, en cas de danger exceptionnel. Il prime sur toute tolérance locale. C’est pourquoi une plage où le feu passait tranquillement en octobre devient totalement interdite au mois d’août.
Dans le Var, les Bouches-du-Rhône, la Corse, les Landes et la Gironde, la tolérance est d’ailleurs nulle, y compris pour un simple barbecue. Les patrouilles nocturnes estivales y sont devenues la norme, et un procès-verbal peut être dressé après coup, sur la seule foi d’un foyer encore chaud.
Feu de bois, barbecue, réchaud : ce n’est pas la même chose
On mélange souvent ces objets, alors que leur traitement juridique et leur tolérance sur le terrain diffèrent nettement.
| Type de foyer | En pratique |
|---|---|
| Feu de bois au sol | Interdit dans la quasi-totalité des cas |
| Barbecue à charbon portatif | Zone grise, à vérifier commune par commune |
| Barbecue jetable | Souvent interdit, même là où le barbecue classique passe |
| Brasero | Assimilé au feu ouvert, donc interdit |
| Réchaud à gaz | Souvent la seule option légale |
Le barbecue portatif, véritable zone grise
Aucune loi nationale ne l’interdit spécifiquement, et certaines communes le tolèrent. Cependant, dès qu’un panneau « interdiction de feu » est affiché, le barbecue tombe dans le même sac.
Là où il passe, deux réflexes s’imposent. Premièrement, éteignez les braises à l’eau, jamais en les enterrant : le sable est un excellent isolant, les braises restent brûlantes des heures, et le lendemain un enfant pieds nus s’y brûle.
Deuxièmement, rapportez vos cendres froides dans un sac et évitez la poubelle de plage, en plastique, qu’une braise mal éteinte suffit à faire fondre.
Le barbecue jetable, cible des nouveaux arrêtés
C’est l’objet qui concentre les interdictions récentes. Léger, bon marché, il est abandonné sur place une fois sur deux, et sa grille reste incandescente longtemps après le départ des vacanciers. De nombreuses communes l’ont interdit spécifiquement, y compris là où le barbecue traditionnel reste admis.
Le réchaud à gaz, souvent la seule solution
Il ne produit ni braise ni étincelle et s’éteint instantanément. Il échappe donc, la plupart du temps, aux interdictions visant le feu ouvert. Attention toutefois : en risque exceptionnel, un arrêté préfectoral peut interdire jusqu’à l’apport de tout matériel pouvant provoquer un départ de feu.
Quant aux dunes, la réponse est simple : jamais. Oyats et pins maritimes brûlent vite et se reconstituent lentement, et les sanctions environnementales s’ajoutent à la contravention. Même remarque pour la laisse de mer, ce ruban d’algues et de bois flotté que l’on ramasse pour alimenter le feu : ce n’est pas un déchet, elle abrite une microfaune essentielle et fixe le sable.
Comment savoir si le feu est autorisé sur votre plage ?
Plutôt que de chercher une règle générale qui n’existe pas, adoptez une méthode. Elle prend cinq minutes et évite bien des soirées gâchées.
Premièrement, cherchez l’arrêté municipal
Site de la commune, rubrique « arrêtés municipaux » ou « police municipale ». Une recherche du type « arrêté plage » suivie du nom de la commune suffit généralement. À défaut, l’office de tourisme répond très bien.
Deuxièmement, consultez l’arrêté préfectoral d’emploi du feu
Il se trouve sur le site de la préfecture. C’est lui qui prime, et c’est celui que l’on oublie le plus souvent. Tapez « arrêté préfectoral emploi du feu » suivi du nom de votre département.
Troisièmement, regardez la Météo des forêts
Depuis 2023, Météo-France publie chaque jour une carte du danger de feu, département par département. L’outil est gratuit et presque personne n’y pense. Si votre département est en danger élevé, la question ne se pose même plus.
Quatrièmement, lisez les panneaux, et photographiez-les
Prenez le temps de les lire, puis prenez-les en photo. Ce cliché, horodaté par votre téléphone, pourra servir si vous contestez une amende alors qu’aucune signalisation n’était visible.
Une règle d’or, pour finir : un seul « non » dans cette chaîne rend votre feu illégal. Et bivouac autorisé ne veut pas dire feu autorisé : ce sont deux réglementations indépendantes.
Les cas particuliers que personne ne traite
Deux situations échappent à la règle générale.
Les feux de la Saint-Jean et les feux festifs
Ils existent toujours, et ils sont parfaitement légaux. Simplement, ils font l’objet d’une autorisation obtenue en amont auprès de la mairie. Toute la différence tient là.
Les plages privées peuvent-elles autoriser un feu ?
Il n’existe pas de plage privée au sens strict en France : le domaine public maritime est inaliénable. Ce que l’on appelle ainsi est une concession accordée à un exploitant, lequel reste soumis aux arrêtés municipaux et préfectoraux. Il ne peut donc autoriser ce que le maire interdit.
Vous avez reçu une amende : que faire ?

Recevoir un avis de contravention n’oblige pas à payer les yeux fermés. Encore faut-il réagir dans les délais, et pour de bons motifs.
Vérifiez la qualification, et ne payez pas trop vite
Regardez attentivement l’avis. S’agit-il d’une contravention de 1re classe ou de 4e classe ? Le montant correspond-il ? Une erreur de qualification n’est pas rare.
Attention surtout à ce réflexe malheureux : payer l’amende vaut reconnaissance de l’infraction, et vous ne pourrez plus la contester ensuite. La requête en exonération doit être adressée dans le délai indiqué sur l’avis.
Les motifs de contestation les plus solides
Trois arguments reviennent. D’une part, l’absence de publicité de l’arrêté : si aucun panneau n’était affiché, son opposabilité peut être discutée, et c’est ici que votre photo prend toute sa valeur. D’autre part, l’erreur de qualification. Enfin, la contestation de l’identité du contrevenant lorsque plusieurs personnes étaient présentes.
À noter : cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel. Pour une contestation réelle, rapprochez-vous d’un avocat ou d’un point-justice, souvent gratuit en première consultation.
Feu sur la plage : FAQ rapide
Voici les réponses rapides aux interrogations qui reviennent le plus souvent.
Peut-on faire un feu sur la plage la nuit ?
La nuit ne change rien : l’interdiction s’applique vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et les contrôles nocturnes sont fréquents en été.
Un barbecue sur la plage est-il autorisé ?
Aucune loi nationale ne l’interdit, mais un arrêté le fait dans la plupart des communes littorales. Vérifiez systématiquement avant de partir.
En définitive
Retenez trois choses. Le chiffre de 38 euros est un plancher, pas une règle. Le Code forestier et son périmètre de deux cents mètres peuvent multiplier l’addition sans qu’aucun panneau ne vous prévienne. Et le vrai risque n’est pas l’amende, mais l’incendie.
Si la réponse est non, tout n’est pas perdu. Un réchaud à gaz, quelques lanternes LED ou des bougies dans des photophores fermés recréent l’ambiance sans le danger. Et plusieurs communes du littoral organisent des feux encadrés en été.
Sources : Code forestier (art. L131-1, R163-2, L163-4), Code pénal (art. R610-5, 322-5), Code général des collectivités territoriales (art. L2212-2), Code de l’urbanisme (art. R111-42), Code de la santé publique (art. R3515-2), loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023, Météo-France. Les arrêtés préfectoraux étant révisés chaque année, vérifiez celui en vigueur dans votre département.



